Civilization Revolution Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Kaophonic   
14-06-2008
Si l’existence d’un fossé séparant joueurs sur consoles et joueurs PC, creusé à coups de stéréotypes plus ou moins justifiés, est indéniable, on ne peut que saluer l’arrivée sur nos machines de salon de la mythique série de gestion/stratégie créée et chapeautée par le non moins mythique Sid Meier (récemment récompensée du titre de meilleur jeu de gestion/stratégie par nos confrères de JeuxVideoMagazine). Pourtant, au regard de la complexité et de la richesse des mécanismes offerts dans les opus sur ordinateur, dont le dernier, Civilization IV, est disponible depuis plus de deux ans, le pari de l’adaptation entrepris par les développeurs de Firaxis semble des plus osés. Offrir une jouabilité adaptée à la manette et une simplification générale des mécanismes, parfois austères sur PC, tout en conservant la richesse et l’ensemble des possibilités de la série, voilà résumé en quelques mots le cahier des charges à respecter pour satisfaire au mieux les possesseurs de Xbox360 et de PS3. Objectif accompli ?

Avant de dévoiler l’ensemble des possibilités et des mécaniques de jeu de ce Civilization Revolution, il semble important, dans un premier temps, de décrire un concept probablement étranger à la plupart des joueurs sur canapé. Dans les grandes lignes, il s’agit, en tant que souverain incontesté, de prendre les mesures nécessaires au développement et à la prospérité de son empire vers les sommets de la civilisation. En début de partie, le joueur aura le loisir d’incarner l’un des seize peuples à disposition, chacun étant représenté par l’une de ses figures emblématiques : Elizabeth (Britanniques), Gengis-Khan (Mongoles), Mao (Chinois) ou encore Saladin (Arabes). Sans être fondamentalement déterminant du déroulement de la partie, chaque empire possède, en début de partie, un avantage particulier : possession d’une technologie ou coût de construction de certains bâtiments ou unités réduit par exemple. Ses spécificités sont d’ailleurs assez largement inspirées de la réalité historique, de même que l’aspect architectural des bâtiments et le nom des unités à disposition. Une fidélité historico-culturelle que l’on ne peut qu’apprécier. C’est ensuite que les choses sérieuses commencent…

 

 

 

A la tête d’une tribu indigène  à peine sédentarisée en début de partie, le joueur aura à charge, tout au long des soixante siècles que compte l’aventure, d’assurer à son empire en construction pérennité, croissance et rayonnement culturel par le biais de la découverte progressive d’une multitude de techniques et technologies : travail du bronze, élevage, roue puis plus tard monnaie, poudre à canon ou aviation. Bien entendu, dans le but de respecter au mieux le déroulement naturel de l’Histoire, la possession de certaines technologies est indispensable à la découverte de techniques plus sophistiquées (impossible de posséder l’équitation sans l’élevage par exemple). En outre, pour assurer l’essor de l’Empire, il est essentiel d’étendre ses frontières par l’implantation de villes nouvelles, productrices de nouvelles ressources et en constant développement. Ainsi, le joueur est confronté à une multitude de possibilités (acquisition de ressources, découverte de technologies, commerce à l’étranger, construction d’unités de défense ou de colons, gestion du système politique…) pour mener à bien sa quête de reconnaissance et il serait impensable d’en faire un inventaire exhaustif ici. Sachez simplement qu’outre la gestion de sa propre civilisation, il est important d’assurer des relations saines avec les autres empires en gestation sous peine d’aboutir inévitablement à quelques conflits armés qui ne pourront que nuire à sa croissance. Echanges de techniques, de ressources ou de systèmes politiques (chacun ayant ses propres caractéristiques) sont inévitables pour acquérir avec ses voisins des liens sincères de soutien et d’entraide.

 

 

 

 

 

Le joueur étant parfaitement libre d’assumer la politique de développement qu’il souhaite, des plus pacifiques au plus tyranniques, il existe plusieurs façons d’aboutir à la reconnaissance mondiale. Ainsi, la victoire peut être d’ordre territoriale, suite à la conquête par la force des capitales ennemies ; culturelle lorsque Merveilles et Personnages Illustres (Léonard de Vinci, Vasco de Gama, Gutemberg…) sont à disposition ; technologique en conquérant les étoiles ; économique lorsque le pécule est suffisant pour construire la Banque Mondiale… Dès lors, chaque décision du Souverain que vous êtes contribuera à aller dans un sens ou dans l’autre. Tout est possible et c’est finalement la force indéniable de cette série. Conçu à l’origine pour un maniement à la souris, le soft dédié à la console se devait d’être remanié en profondeur pour offrir une ergonomie satisfaisante à la manette. Et force est de constater que le travail est accompli de belle manière. Si quelques heures de jeu sont nécessaires pour naviguer aisément entre les différentes opérations réalisables telles que le déplacement de ses unités militaires, la gestion des ressources ou le contrôle de l’avancement de la construction, on arrive assez rapidement à oublier totalement la manette. Cependant, il est indéniable que certains sacrifices par rapport à la version durent être opérés pour en assurer la qualité : automatisation des ouvriers, disparition des religions, terrains de jeu moins vastes… En revanche, on dénote quelques ajouts bienvenus, à l’image du regroupement des unités en bataillon, pour une puissance de feu accrue, ou de la recherche de vestiges mythiques qui encourage à l’exploration des contrées sauvages et apporte son lot de gains. 

 


 

 

 

Mais au final, la principale différence avec cette version console tient davantage dans son style graphique et le style de son approche. Parfois austère sur PC, Civilization sur consoles est doté de couleurs chatoyantes, proches d’un style cartoon. De même, l’apparence des protagonistes à l’écran et leur dialecte, fait d’onomatopées à la manière des Sims, ainsi que les animations des unités, parfois grotesques, tendent à aller dans ce sens. Ainsi, l’approche générale en devient paradoxale, balancée constamment entre le réalisme historique de l’ensemble et le style visuel bon enfant. De même, s’imposant comme le défaut majeur du titre, la prépondérance des conflits armés, inévitables si l’on oublie le premier niveau de difficulté, peut gâcher la plaisir de celui qui s’attache tout au long des siècles à développer une civilisation pacifique et orientée vers la culture. Enfin, les plus pointilleux pourront regretter que le rythme de l’écoulement du temps soit parfois si rapide que la découverte de certaines technologies soit en décalage totale avec l’échelle chronologique réelle (par exemple, passage au Moyen-Age en 250 ap J-C). On note également quelques chutes ponctuelles mais assez peu gênantes du framerate.

 


 

 

 

 

On ne peut que se réjouir de voir adapter sur console l’une des licence phare de la gestion/stratégie du monde PC dans une version qui, loin du portage bête et méchant, apporte suffisamment de nouveautés et de changements pour convaincre les possesseurs de consoles las des traditionnels FPS et autres jeux d’action. Cependant, si le contenu ravira sans doute les néophytes, ceux qui connaissent la version PC seront sans doute surpris, puis déçus, de la simplification de certains mécanismes et de la disparition de quelques possibilités. Reste malgré tout une aventure riche et novatrice dans notre univers console, parée d’un concept trop rare et d’un intérêt peu coutumier, et dotée d’un mode de jeu en ligne qui permet à quatre joueurs de s’affronter pour le titre de plus grande civilisation de l’histoire de l’humanité ou de télécharger chaque semaine de nouvelles cartes de jeu inédites, palliant ainsi à l’absence d’éditeur de cartes.

 


 

 

 

Graphisme: 15/20 : Si le dernier épisode sur PC, sorti fin 2005, peut être critiqué pour son visuel, relativement austère et peu détaillé, on doit reconnaître ici une belle évolution, sans toutefois atteindre des sommets. C’est finalement le style visuel de l’ensemble qui est discutable, caractérisé par son penchant pour le cartoon et qui pourra séduire les jeunes joueurs ou, à l’inverse, rebuter les amoureux d’histoire. Mais on ne peut qu’être surpris d’un tel choix, tant celui-ci se positionne en contradiction avec le réalisme historique supposé du concept.

 

Gameplay: 14/20: Indéniablement, des efforts furent produits pour assurer au titre un accueil indolore par les joueurs sur consoles. Un temps d’adaptation est bien sur nécessaire, puisque chaque bouton de la manette est dédié à une opération particulière mais le tout se révèle finalement particulièrement instinctif. On est simplement en droit de regretter que ces concessions entraînent inévitablement une simplification de certains mécanismes et la disparition pure et simple de quelques possibilités de gameplay. Mais pour quiconque n’a jamais touché à un Civilization version PC, le combo richesse de jeu et ergonomie est tout à fait satisfaisant.

Durée de vie : 16/20 : La durée de vie du titre est directement liée au facteur rejouabilité, étant donné qu’une partie se termine en moins de cinq heures. Mais si l’on accroche au concept et que l’on s’attache à découvrir toutes les conditions de victoires différentes et l’ensemble des possibilités, la durée de vie est quasiment infinie. De plus, le jeu en ligne

assure lui aussi de très nombreuses heures de jeu étant donné que chaque partie est différente.

 

Bande-son : 14/20 : Dialecte façon Sims énervant au possible et bruitages assez limités. Heureusement, les musiques, discrètes mais parfaitement dans le ton, relèvent quelque peu le niveau.

 

Note générale : 15/20 : Au final, on serait tenté de mettre deux notes à ce soft. La première, ci-contre, convient à ceux qui n’ont jamais touchés à la série sur PC. En revanche, il serait judicieux d’ôter deux points pour le connaisseur. Malgré tout, Civilization Revolution s’impose comme un jeu bien ficelé, riche et fort d’un concept qui apporte un véritable souffle de fraîcheur sur l’univers des consoles. Prendre le commandement d’un peuple d’abord barbare et le faire évoluer au mieux à travers les siècles est passionnant tant les possibilités offertes assurent à chaque nouvelle partie un intérêt constant. Despote tyrannique, marchand talentueux ou pacifiste convaincu, il y en a réellement pour tous les goûts et tous les types de joueurs.

 

 

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