Tests / 007 First Light 17/20

Ecrit par SpaceMonkey le 01/06/2026 à 10:47


Pendant longtemps, James Bond a semblé avoir disparu du paysage vidéoludique. Après quelques adaptations plus ou moins heureuses et un long silence radio, l'agent secret le plus célèbre du Royaume-Uni était devenu une sorte de souvenir nostalgique coincé entre GoldenEye et quelques FPS oubliables du début des années 2010. Puis IO Interactive est arrivé avec une idée finalement assez simple : arrêter d'essayer de reproduire les films et raconter comment James Bond est devenu James Bond. Sur le papier, le choix du studio danois avait quelque chose d'évident. Après tout, peu de développeurs connaissent aussi bien les costumes sur mesure, les infiltrations improbables et les gens qui résolvent leurs problèmes en manipulant discrètement leur entourage. Restait à savoir si l'équipe derrière Hitman pouvait transformer son savoir-faire en véritable aventure 007. Bonne nouvelle : 007 First Light comprend parfaitement ce qu'est James Bond. Meilleure nouvelle encore : il comprend aussi ce qu'il n'est pas encore.


Un Bond qui n'est pas encore Bond

xseriesx - 007 First Light L'idée de raconter les débuts de James Bond pouvait sembler risquée. Après tout, le personnage existe depuis plus de soixante ans et chacun possède sa propre définition de ce qu'il doit être. IO Interactive contourne intelligemment le problème en choisissant justement de ne pas nous livrer immédiatement le Bond que tout le monde connaît. Ici, James n'est encore qu'un jeune officier de la Royal Navy qui se retrouve embarqué dans une opération du MI6 un peu malgré lui. Il n'a pas encore son matricule légendaire, ne possède pas l'assurance insolente qu'on lui connaît et découvre progressivement un métier où les explosions diplomatiques sont parfois plus dangereuses que les vraies. Ce choix fonctionne remarquablement bien parce qu'il permet au studio de construire son propre Bond sans trahir celui de Ian Fleming. Patrick Gibson livre une interprétation particulièrement convaincante d'un personnage déjà charismatique mais encore imparfait. Il est arrogant sans être agaçant, drôle sans transformer chaque conversation en concours de punchlines, et suffisamment maladroit pour paraître humain. Pour une fois, James Bond ressemble à quelqu'un qui doit encore apprendre plutôt qu'à un demi-dieu capable de séduire une salle entière simplement en commandant un martini. Cette approche bénéficie également à tout le reste du casting. Greenway, l'instructeur chargé de former les nouvelles recrues, occupe rapidement une place centrale dans le récit. À ses côtés, Monroe, Cressida et plusieurs autres personnages profitent d'un temps d'écran inhabituellement généreux pour une histoire de James Bond. Le résultat est assez surprenant : on passe davantage de temps à voir Bond construire des relations qu'à sauver le monde. Et contre toute attente, cela fonctionne très bien. Le scénario prend son temps. Peut-être même un peu trop parfois. Mais cette lenteur initiale permet de rendre crédible l'évolution du personnage avant que les choses sérieuses ne commencent avec la réapparition du mystérieux 009, ancien agent du MI6 devenu menace prioritaire. À partir de là, First Light bascule progressivement vers quelque chose de plus proche d'un véritable thriller d'espionnage, sans jamais oublier que sa principale réussite reste son héros. Les antagonistes font correctement le travail sans vraiment marquer les esprits, mais Bond occupe suffisamment l'écran pour faire oublier qu'il partage parfois l'affiche avec des méchants dont le principal défaut est d'exister dans la même franchise qu'un certain Le Chiffre..


Gameplay et mécaniques avancées


xseriesx - 007 First Light Si l'histoire sert de fondation, c'est évidemment le gameplay qui devait répondre à la grande question que tout le monde se posait depuis l'annonce du projet : à quoi ressemble exactement un James Bond développé par les créateurs de Hitman ? La réponse est finalement assez simple. Cela ressemble à un James Bond développé par les créateurs de Hitman... mais qui a bien compris qu'il n'était pas Hitman. L'infiltration occupe une place importante dans l'aventure. Bond passe son temps à écouter des conversations, récupérer discrètement des accès sécurisés, contourner des gardes ou trouver un moyen détourné d'atteindre une zone interdite. Les grands niveaux semi-ouverts rappellent régulièrement le travail du studio sur sa célèbre série d'assassinats touristiques, mais l'approche reste beaucoup plus accessible. Les objectifs sont clairs, les opportunités faciles à identifier et les différentes solutions suffisamment lisibles pour éviter toute frustration. Ce n'est pas un bac à sable géant où chaque joueur invente son propre plan machiavélique. C'est plutôt un parc d'attractions de l'espionnage où l'on vous laisse croire que vous êtes particulièrement malin. Heureusement, l'illusion fonctionne très bien. Les gadgets jouent un rôle essentiel dans cette formule. Lentilles connectées, montre capable de pirater à distance la moitié des appareils électroniques du Royaume-Uni, fléchettes, outils de diversion... tout l'attirail classique est présent. Leur utilisation reste simple et intuitive, sans jamais transformer le jeu en simulation de technicien réseau. Bond ne passe pas son temps dans des menus. Il appuie sur un bouton, quelque chose explose ou se détraque, et il avance. Finalement, la technologie moderne a parfois du bon. Mais 007 First Light n'est pas uniquement un jeu d'infiltration. Régulièrement, il se souvient qu'il adapte une licence où les poursuites, les fusillades et les explosions font partie du contrat moral signé avec le joueur. Les combats au corps-à-corps fonctionnent correctement grâce à un système simple mais efficace qui rappelle parfois les jeux Batman Arkham. Les affrontements sont brutaux, nerveux et suffisamment spectaculaires pour donner l'impression que Bond règle ses problèmes avec une diplomatie très personnelle. Les fusillades s'inspirent davantage des blockbusters à la Uncharted. Couvertures, déplacements rapides, gestion limitée des munitions : rien de révolutionnaire, mais l'ensemble reste agréable à jouer. Certaines séquences d'action impressionnent même par leur mise en scène. On sent régulièrement IO Interactive regarder discrètement du côté de Naughty Dog avant de murmurer : "Nous aussi, on sait faire tomber des trucs très gros sur le joueur." Tout n'est cependant pas parfait. L'intelligence artificielle reste probablement le principal point faible du jeu. Certains gardes possèdent les capacités d'observation d'un aigle sous caféine. D'autres semblent incapables de remarquer qu'un collègue vient d'être projeté contre un mur à trois mètres d'eux. Cette incohérence finit parfois par fragiliser les phases d'infiltration. De la même manière, quelques mécaniques restent assez superficielles, notamment les dialogues à choix multiples qui donnent souvent l'impression de pouvoir changer le cours des événements avant de poliment rappeler qu'ils n'en avaient jamais eu l'intention.


Scénario et mise en scène : permis de sauver la licence

xseriesx - 007 First Light Là où First Light impressionne vraiment, c'est dans sa capacité à se comporter comme un véritable film Bond pendant plus de vingt heures. Le rythme est soigneusement construit, alternant moments de calme, séquences d'infiltration, dialogues et grands morceaux d'action sans jamais donner l'impression de cocher mécaniquement une liste d'obligations. Les destinations participent énormément à cette réussite. Islande, Malte, Londres, Slovaquie, Mauritanie... le jeu multiplie les voyages avec une générosité qui rappelle les grandes années de la franchise. Chaque lieu possède sa propre identité, son ambiance et ses enjeux. IO Interactive démontre une nouvelle fois son talent pour créer des environnements crédibles et vivants dans lesquels on a réellement envie de passer du temps. L'écriture constitue probablement l'une des plus grandes surprises du jeu. Bond est drôle sans devenir caricatural, les dialogues sont souvent excellents et les personnages secondaires profitent d'une attention rare dans ce type de production. Le studio trouve un équilibre délicat entre respect de la licence et modernisation du personnage. Résultat : ce jeune Bond paraît immédiatement familier tout en restant différent de toutes ses incarnations précédentes. La menace principale tourne largement autour de l'intelligence artificielle, sujet dont les scénaristes semblent avoir compris qu'il était devenu impossible à éviter en 2026. Heureusement, First Light évite généralement les discours catastrophistes ou pseudo-philosophiques interminables. L'IA sert ici de toile de fond plutôt que de prétexte pour expliquer au joueur que le futur est compliqué. Surtout, le jeu parvient à installer quelque chose que les adaptations précédentes avaient souvent oublié : l'envie de voir la suite. Et dans une origin story, c'est probablement la plus belle réussite possible.


Technique et immersion : shaken, not flawless

xseriesx - 007 First Light Visuellement, 007 First Light est exactement ce qu'on pouvait attendre d'IO Interactive après plusieurs années passées à faire visiter au monde entier des lieux de vacances où les gens finissent généralement empoisonnés dans des toilettes. Sur Xbox Series X, le Glacier Engine fait des merveilles et permet au studio de donner vie à des environnements remarquablement crédibles. Les différentes destinations profitent d'une identité très marquée, qu'il s'agisse des rues londoniennes baignées de pluie, des paysages islandais ou des complexes ultra-sécurisés qui semblent avoir été conçus par des architectes persuadés que les espions n'existent pas. Les niveaux sont détaillés, vivants et remplis de petits éléments qui renforcent constamment l'illusion d'évoluer dans un véritable thriller d'espionnage. La fluidité reste globalement très solide tout au long de l'aventure, tandis que la Xbox Series S affiche quelques concessions visuelles plus visibles sur la résolution et certains détails d'environnement. L'écart reste cependant raisonnable et ne remet jamais en cause le confort de jeu, même si les joueurs les plus attentifs remarqueront rapidement les différences entre les deux machines. L'animation suit globalement le même niveau de qualité. Patrick Gibson bénéficie d'un excellent travail facial et son Bond parvient à exister immédiatement à l'écran. Les cinématiques profitent d'une mise en scène particulièrement soignée, avec un vrai sens du rythme et du cadrage. On sent régulièrement l'influence du cinéma sans que le jeu tombe dans le piège de vouloir devenir un film interactif. Tout n'est pas parfait pour autant. Quelques animations secondaires paraissent plus rigides, certains personnages moins importants semblent parfois sortir d'une production un peu moins ambitieuse, et l'on croise occasionnellement quelques bugs visuels. Rien de dramatique, mais suffisamment visible pour rappeler que même les meilleurs agents ont parfois besoin d'un patch correctif. La partie sonore mérite également les félicitations réglementaires du MI6. Les doublages sont excellents, les dialogues profitent d'une interprétation solide et la bande originale accompagne efficacement l'action sans chercher à voler la vedette. Les thèmes rappellent régulièrement l'héritage musical de la licence sans sombrer dans la citation permanente. Les effets sonores participent aussi beaucoup à l'immersion : gadgets, armes, véhicules ou simples ambiances de fond contribuent à donner du poids aux différentes situations. Ce n'est peut-être pas la bande-son la plus mémorable de l'histoire du jeu vidéo, mais elle fait exactement ce qu'on attend d'elle. Et contrairement à certains agents doubles, elle ne trahit jamais sa mission.


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Ce test a été réalisé à partir d’une version éditeur.

Site officiel
Date de sortie 26/05/2026
Saga 007
Editeur IO Interactive
Développeur IO Interactive
Type(s) Action / Aventure
Supports physique
SpaceMonkey
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Etant un amateur de culture (livres, films mais surtout de jeux vidéo) depuis mon enfance, j'essaie de partager ma passion pour l'univers vidéoludique à  travers Gamikaze (et ouai, c'est moi le webmaster). Ouvert à la plupart des genres, j'ai quand même une grosse préférence pour les jeux d'actions : FPS, TPS, aventures etc.