Tests / Assassin’s Creed Black Flag Resynced 17/20

Ecrit par SpaceMonkey le 08/07/2026 à 12:00


Pendant longtemps, Assassin's Creed IV: Black Flag a occupé une place un peu particulière chez Ubisoft. Officiellement, c'était un Assassin's Creed. Officieusement, c'était surtout le meilleur jeu de pirates que l'industrie ait produit depuis qu'elle a compris qu'on pouvait mettre autre chose que des perroquets sur un pont de navire. Plus de dix ans après sa sortie, Ubisoft Singapour s'attaque donc à un exercice particulièrement délicat : refaire un classique que beaucoup considèrent encore comme le sommet de la série. Et contrairement à certains remasters qui se contentent d'un coup de polish et de trois reflets supplémentaires sur l'eau pour justifier un nouveau passage en caisse, Black Flag Resynced affiche des ambitions autrement plus élevées. Nouveau moteur, gameplay modernisé, infiltration revue, exploration enrichie, contenu inédit… sur le papier, tout semble réuni pour redonner une seconde jeunesse à l'une des aventures les plus marquantes d'Edward Kenway. Encore fallait-il réussir à moderniser le navire sans lui faire perdre son âme. Bonne nouvelle : Ubisoft n'a pas oublié où était enterré le trésor.


Edward Kenway reprend la barre

xseriesx - Assassin’s Creed Black Flag Resynced Remettre Black Flag sur le chantier était probablement l'un des exercices les plus dangereux qu'Ubisoft pouvait s'imposer. Pas parce que le jeu était parfait, il ne l'était déjà pas en 2013 mais parce que les souvenirs des joueurs, eux, le sont souvent devenus. Avec le temps, beaucoup ont oublié les missions de filature interminables, les déplacements parfois capricieux ou certaines mécaniques qui accusent aujourd'hui sérieusement leur âge. Ne restent dans les mémoires que les abordages spectaculaires, les chants de marins repris à tue-tête et cette incroyable sensation de liberté qui faisait oublier qu'on était, à la base, censé appartenir à une confrérie d'assassins. Ubisoft Singapour semble parfaitement conscient de cet héritage. Plutôt que de transformer Black Flag en un Assassin's Creed contemporain rempli d'icônes jusqu'à l'horizon, le studio préfère moderniser intelligemment ce qui devait l'être tout en respectant ce qui faisait déjà battre le cœur de l'aventure. Une philosophie finalement assez rare chez Ubisoft, qui a parfois tendance à considérer que "plus" signifie automatiquement "mieux". Ici, le mot d'ordre semble avoir été beaucoup plus raisonnable : améliorer sans dénaturer. Le premier changement saute rapidement aux yeux dès que l'on reprend le contrôle d'Edward Kenway. Le pirate est toujours aussi insolent, aussi opportuniste et aussi doué pour transformer une situation diplomatique en gigantesque bagarre générale, mais tout ce qui l'entoure paraît infiniment plus vivant. Les villes débordent d'activité, les ports respirent davantage, la végétation gagne en densité et les îles donnent enfin cette impression d'être de véritables morceaux des Caraïbes plutôt que de simples terrains de jeu reliés entre eux par de longues traversées. Les nouvelles activités s'intègrent naturellement à l'exploration sans donner l'impression d'avoir été dispersées sur la carte par un stagiaire payé au nombre d'icônes affichées à l'écran. Les quêtes inédites enrichissent également l'univers avec suffisamment de discrétion pour sembler avoir toujours existé. On sent surtout que le studio a cherché à renforcer l'immersion plutôt qu'à gonfler artificiellement la durée de vie. Une différence qui paraît anodine sur le papier, mais qui change profondément la manière dont on redécouvre cette aventure. Cette volonté de modernisation se retrouve également dans toute la progression. Les améliorations du Jackdaw s'intègrent plus naturellement au rythme de l'aventure, l'économie paraît mieux équilibrée et l'exploration récompense davantage la curiosité que le simple nettoyage méthodique de la carte. Le monde reste immense, mais il donne moins souvent l'impression de cocher une liste de tâches administratives entre deux batailles navales. Surtout, Black Flag Resynced retrouve cette qualité devenue étonnamment rare dans les productions Ubisoft récentes : il donne constamment envie de voir ce qu'il y a derrière la prochaine île. Un navire au loin devient une cible potentielle, une épave appelle l'exploration, une tempête transforme une simple traversée en lutte pour la survie. On retrouve ce plaisir presque enfantin de partir sans véritable objectif et de rentrer trois heures plus tard avec un galion capturé, plusieurs coffres pillés et une réputation de pirate encore un peu plus catastrophique qu'au départ. Et finalement, c'est peut-être là que réside la plus grande réussite de ce remake : rappeler pourquoi Black Flag était devenu bien plus qu'un simple Assassin's Creed.

Gameplay et mécaniques avancées : Edward a enfin arrêté de se battre contre les rebords

xseriesx - Assassin’s Creed Black Flag Resynced S'il y avait bien une chose que les années avaient rendue difficile à ignorer, c'était le gameplay de Black Flag. En 2013, voir Edward escalader une cathédrale en quelques secondes relevait du petit miracle technologique. En 2026, voir le même Edward sauter sur la mauvaise caisse alors que l'on visait manifestement le toit d'en face ressemblait surtout à une séance de négociation particulièrement tendue entre le joueur et sa manette. Ubisoft Singapour ne s'est heureusement pas contenté de repeindre les façades. Le système de déplacement a été retravaillé dans son ensemble. Le parkour gagne en fluidité, les transitions entre les bâtiments paraissent beaucoup plus naturelles et Edward semble enfin comprendre où le joueur souhaite aller avant de décider, par pure fantaisie, d'escalader une cheminée. Le résultat est immédiatement plus agréable. Les déplacements retrouvent cette sensation de liberté qui faisait autrefois la réputation de la série, sans cette petite appréhension permanente de voir notre assassin improviser un plongeon de quinze mètres sur une charrette de foin qui n'avait absolument rien demandé. Ce n'est pas une révolution comparable à celle d'Assassin's Creed Unity, mais c'est probablement la version la plus agréable du parkour que Black Flag ait jamais proposée. Les combats profitent eux aussi d'un sérieux lifting. Le système de contre, toujours aussi spectaculaire, conserve ce côté chorégraphié qui permet à Edward de neutraliser plusieurs ennemis avec une insolence presque vexante, mais les affrontements demandent désormais davantage d'attention. Les adversaires se montrent plus agressifs, exploitent mieux leur supériorité numérique et obligent enfin à varier les approches plutôt qu'à attendre tranquillement le bon indicateur au-dessus de leur tête. Les armes à feu, les pistolets multiples, les sabres et les différents gadgets conservent leur efficacité, tandis que l'infiltration profite des améliorations introduites dans les épisodes les plus récents. Les gardes réagissent de façon plus crédible, les zones d'alerte sont mieux gérées et, surtout, les missions de filature ont enfin compris qu'un échec ne devait pas automatiquement envoyer le joueur revivre les cinq dernières minutes. Lorsqu'une situation dégénère, plusieurs séquences proposent désormais des alternatives plutôt qu'un écran "désynchronisation". Une évolution qui paraît presque anodine aujourd'hui, mais qui évite à Black Flag de rappeler brutalement qu'il est né à une époque où Ubisoft semblait persuadé que recommencer une mission entière était une forme d'encouragement pédagogique. Mais la véritable star du spectacle reste évidemment le Jackdaw. Plus de dix ans après, les batailles navales demeurent incroyablement efficaces, et Ubisoft a eu l'intelligence de ne pas chercher à les réinventer. Elles sont simplement plus riches. Les effets météorologiques influencent davantage les affrontements, les vagues rendent certains abordages plus périlleux, les équipages adverses se montrent plus réactifs et les améliorations du navire s'intègrent plus naturellement à la progression. Les nouvelles activités maritimes viennent également enrichir les longues traversées sans transformer la mer des Caraïbes en parc d'attractions rempli d'objectifs clignotants. On continue de partir pour une simple mission avant de détourner un galion espagnol, chasser un navire légendaire, récupérer une cargaison abandonnée et oublier complètement ce que l'on devait faire au départ. C'est exactement ce qui faisait le charme de Black Flag en 2013, et c'est toujours aussi efficace aujourd'hui. Finalement, la plus grande réussite de Resynced tient peut-être à cette évidence : Ubisoft Singapour a compris qu'il ne fallait pas chercher à remplacer le capitaine du navire. Il suffisait simplement de lui offrir un gouvernail qui réponde enfin correctement.


Scénario et mise en scène : la plus belle rédemption de toute la saga

xseriesx - Assassin’s Creed Black Flag Resynced S'il y a bien un domaine où Black Flag n'avait presque rien à prouver, c'était son scénario. À sa sortie en 2013, beaucoup étaient venus pour jouer les pirates avant de découvrir, presque par accident, l'un des personnages les plus réussis de toute la série Assassin's Creed. Edward Kenway n'est ni un héros exemplaire, ni un assassin convaincu. C'est un opportuniste. Un type persuadé que l'argent résout absolument tout, capable de vendre sa grand-mère si quelqu'un lui proposait un galion en échange. Et c'est précisément ce qui rend son évolution aussi passionnante. Là où beaucoup de protagonistes de la licence semblaient déjà prêts à sauver le monde dès leur première cinématique, Edward passe une bonne partie de l'aventure à courir après la richesse, la gloire et sa propre légende, avant de comprendre, souvent beaucoup trop tard, que certaines dettes ne se règlent pas avec des pièces d'or. Ubisoft n'a heureusement pas cherché à réécrire cette histoire. Resynced se contente de lui offrir une mise en scène plus moderne, des dialogues retravaillés et un rythme plus fluide qui permettent à cette aventure de retrouver toute sa force sans jamais trahir l'œuvre originale. Cette réussite repose aussi sur une galerie de personnages qui reste, encore aujourd'hui, l'une des meilleures de la série. Barbe Noire, Charles Vane, Benjamin Hornigold, Anne Bonny ou Mary Read ne servent jamais de simples figurants prestigieux venus faire un coucou historique avant de disparaître. Chacun possède ses ambitions, ses failles et sa propre vision de cette liberté que tous recherchent sans vraiment savoir ce qu'elle signifie. Les échanges gagnent énormément en naturel grâce aux nouvelles performances faciales, bien plus expressives que dans le jeu d'origine. Les regards, les silences et les hésitations racontent parfois davantage que les dialogues eux-mêmes. Certains moments, pourtant parfaitement connus des joueurs de longue date, retrouvent ainsi une puissance émotionnelle étonnante. On sait ce qui va arriver. On connaît déjà la fin. Et pourtant, Ubisoft parvient encore à nous faire espérer que cette fois, peut-être, Edward prendra enfin une meilleure décision. Il ne le fera évidemment pas. Ce serait beaucoup moins drôle... et surtout beaucoup moins tragique. La mise en scène profite pleinement des possibilités offertes par les machines actuelles. Les cinématiques gagnent en dynamisme, les transitions entre gameplay et narration deviennent presque invisibles, et plusieurs séquences maritimes impressionnent toujours autant par leur sens du spectacle. Les ports grouillent de vie, les tavernes débordent de conversations, les tempêtes transforment certaines traversées en véritables démonstrations techniques et les grandes batailles navales conservent toute leur puissance visuelle. Même les missions autrefois les plus critiquées bénéficient de quelques ajustements bienvenus. Les interminables filatures, capables à l'époque de transformer le plus redoutable des pirates en spécialiste mondial de la marche lente derrière un prêtre, se montrent aujourd'hui bien moins frustrantes. La disparition totale des séquences dans le présent constitue également l'un des changements les plus appréciables de cette nouvelle version. Ubisoft abandonne les bureaux d'Abstergo pour laisser toute la place à Edward, remplacés par des "failles de l'Animus" optionnelles qui explorent différentes variantes de son histoire. Une décision judicieuse, qui évite de casser le rythme de l'aventure tout en proposant quelques scénarios alternatifs intéressants. Sans révolutionner le récit principal, ces parenthèses offrent un complément appréciable aux amateurs de l'univers. Au final, Resynced comprend parfaitement ce qui faisait la force de Black Flag : raconter avant tout l'histoire d'un homme, pas seulement celle d'un Assassin. Et treize ans plus tard, cette aventure reste l'une des plus réussies qu'Ubisoft ait jamais écrites.


Technique et immersion : un trésor qui brille encore

xseriesx - Assassin’s Creed Black Flag Resynced Treize ans plus tard, Black Flag reste étonnamment impressionnant… à condition de ne pas oublier qu'il revient de loin. Ubisoft ne s'est pas contenté d'augmenter la résolution en espérant que personne ne remarque les rides : Resynced bénéficie d'un véritable travail de modernisation porté par la dernière évolution de l'Anvil Engine. Sur Xbox Series X, les Caraïbes n'ont jamais été aussi belles. Les îles tropicales débordent de végétation, les ports fourmillent d'activité, les villes coloniales gagnent en densité et chaque lever de soleil sur l'océan rappelle pourquoi tant de joueurs passent encore plus de temps à naviguer qu'à remplir leur contrat d'Assassin. Les effets de lumière, les reflets sur l'eau, les tempêtes et la gestion des nuages transforment certaines traversées en véritables cartes postales interactives. La Xbox Series X offre une image particulièrement propre et une excellente stabilité, tandis que la Xbox Series S conserve l'essentiel de cette qualité visuelle avec quelques concessions sur la définition et certains effets graphiques. La différence reste mesurée et n'entame jamais le plaisir de jeu, quelle que soit la console choisie. Les personnages profitent eux aussi d'un sérieux lifting. Les nouveaux modèles affichent des visages beaucoup plus expressifs, les animations faciales renforcent énormément les dialogues et les cinématiques gagnent une crédibilité qui faisait parfois défaut au jeu original. Les vêtements réagissent mieux aux mouvements, la météo influence davantage l'environnement et les nombreux effets de particules participent constamment à l'immersion. Même les affrontements navals gagnent en intensité grâce aux explosions retravaillées, aux éclats de bois, aux vagues qui viennent frapper la coque du Jackdaw et à une physique plus convaincante. Tout n'est évidemment pas irréprochable. Quelques animations secondaires accusent encore leur âge, certains PNJ continuent de suivre des routines parfois étranges et l'on aperçoit de temps à autre quelques collisions capricieuses. Rien qui gâche réellement l'aventure, mais suffisamment pour rappeler qu'un remake, aussi ambitieux soit-il, reste construit sur les fondations d'un jeu sorti en 2013. La partie sonore demeure, elle aussi, l'un des plus grands atouts de Black Flag. Les doublages conservent toute leur qualité, le casting continue de donner énormément de personnalité à chaque personnage et les dialogues profitent d'une excellente interprétation. Mais le véritable héros sonore de cette aventure reste sans doute la musique. Brian Tyler et son équipe livrent toujours une partition remarquable, capable d'accompagner aussi bien les moments contemplatifs que les batailles navales les plus spectaculaires. Les célèbres chants de marins font évidemment leur retour, et il suffit d'entendre l'équipage reprendre Leave Her, Johnny ou Lowlands Away pour comprendre pourquoi tant de joueurs ralentissaient volontairement leur navigation afin d'écouter un couplet supplémentaire. Peu de jeux parviennent à rendre un simple trajet aussi agréable. Les bruitages complètent parfaitement l'ensemble : le bois qui craque, les voiles qui claquent sous le vent, le grondement des canons ou le fracas des abordages donnent constamment l'impression de participer à une véritable expédition pirate. Resynced ne révolutionne donc pas seulement l'aspect visuel de Black Flag ; il sublime également tout ce qui faisait déjà son incroyable pouvoir d'immersion. Et lorsqu'un jeu vous donne encore envie de partir explorer l'horizon après plusieurs dizaines d'heures, c'est probablement qu'il a réussi quelque chose que beaucoup de productions plus récentes cherchent encore à accomplir.

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Ce test a été réalisé à partir d’une version éditeur.

Date de sortie 09/07/2026
Saga Assassin's Creed
Editeur Ubisoft
Développeur Ubisoft Montreal
Type(s) Action / Aventure
Supports physique
SpaceMonkey
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Etant un amateur de culture (livres, films mais surtout de jeux vidéo) depuis mon enfance, j'essaie de partager ma passion pour l'univers vidéoludique à  travers Gamikaze (et ouai, c'est moi le webmaster). Ouvert à la plupart des genres, j'ai quand même une grosse préférence pour les jeux d'actions : FPS, TPS, aventures etc.